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La bioacoustique passive, une approche sous-estimée pour les suivis ornithologiques ? Cas pratique du suivi de reproduction du Blongios nain Ixobrychus minutus (Linnaeus,1766) en roselière au bord du Rhône

Valentin MONNOY, Cédric SEGUIN, Mathieu ROCLE, Franck PRESSIAT, Bénédicte FELTER, Arnaud DA SILVA & Jean-Louis MICHELOT

fr Naturae 2026 (7) - Pages 129-151

Publié le 01 juillet 2026

L’évaluation des enjeux et du statut de conservation d’une espèce est permise par une connaissance pointue de la répartition, des effectifs, des menaces documentées et des tendances passées des populations. Cependant, l’exhaustivité de ces informations peut être difficile à atteindre lorsque les espèces nichent dans des milieux sensibles ou inaccessibles à la présence humaine, ou lorsque la pression d’échantillonnage est limitée pour des raisons éthiques, ou en raison de la disponibilité d’experts, ou encore lorsque les milieux ne sont pas sensibles, mais les espèces le sont au dérangement. Chercher à combler les lacunes et les éventuelles limites des protocoles existants, amène à s’interroger sur la complémentarité d’outils technologiques à l’expertise du terrain et des connaissances spécifiques sur l’espèce. Parmi ces outils aujourd’hui disponibles, nous nous intéressons à la bioacoustique. Cette science à l’interface de la biologie et l’ingénierie du son, serait-elle le nouvel auxiliaire des écologues, et notamment des ornithologues ? À travers cet article, nous souhaitons porter un regard critique sur cet outil, de ses avantages et ses limites actuelles à son appropriation et son application sur le terrain par les gestionnaires, ou les naturalistes impliqués dans le suivi et la surveillance de populations. Notre réflexion a été nourrie par une expérience menée sur le Blongios nain (­Ixobrychus minutus Linnaeus,1766) dans la roselière de Printegarde (07), en bordure du Rhône, où nous avons cherché à savoir si le suivi acoustique passif, combiné à l’expertise d’un ornithologue, pouvait aider à suivre la reproduction de cette espèce sensible et discrète en minimisant les perturbations sur son domaine vital. Une approche classique d’inventaire nécessite une présence humaine répétée au sein ou à proximité de la roselière dans l’espoir de récolter suffisamment d’indices de reproduction. Cependant dans le cas d’une espèce protégée, rare et sensible au dérangement (En Danger sur la Liste rouge nationale Union internationale pour la conservation de la nature [UICN]) dans un milieu qui l’est tout autant, il est important de réduire au maximum le risque de dérangement. L’approche acoustique passive permet d’augmenter l’effort d’échantillonnage tout en minimisant le temps de présence au sein du milieu ; elle permettrait donc de résoudre les limites des approches classiques. Cependant, le traitement des données acoustiques peut se révéler chronophage s’il est réalisé manuellement. Ce temps de traitement peut être réduit s’il est réalisé par les outils de traitement automatisés habituellement utilisés par les bureaux d’études, ou demandant des compétences spécifiques dans l’utilisation du logiciel de biostatistiques R ou du logiciel de programmation Python. Pour la pleine appropriation de cet outil par les gestionnaires, il faudrait une plateforme pédagogique, facile d’accès, et comprenant une banque de sons labelisés très importante, représentative du contexte d’étude et idéalement de la population étudiée. Si la bioacoustique passive n’est pas encore un outil miracle, elle reste une approche prometteuse si elle est combinée à l’expertise d’un ornithologue. Enfin, le suivi acoustique passif offre une perspective intéressante pour le suivi d’une diversité d’espèces (par exemple, deux espèces essentiellement nocturnes, l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus Linnaeus, 1758) ou le Grand-Duc d’Europe (Bubo bubo Linnaeus, 1758)), exploitant une variété de contextes (carrière, milieu forestier, etc.).


Mots-clés :

Suivi acoustique passif, ornithologie, études environnementales, protocole de suivi acoustique

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