
Comptes Rendus Palevol
25 (23) - Pages 427-440De nouvelles données concernant le régime alimentaire des oiseaux du Crétacé inférieur issus du biote de Jehol suggèrent que l’herbivorie était la stratégie alimentaire dominante à la base du taxon Avialae. Ces données indiquent l’existence de deux régimes herbivores distincts. La granivorie est inférée grâce à la présence de dissémules dans le jabot œsophagien, accompagnés de gastrolithes dans le gésier. La frugivorie est inférée lorsque les dissémules sont conservés dans la cavité abdominale en l’absence de gastrolithes. Des preuves directes indiquent que l’herbivorie s’étend sur l’ensemble de la phylogénie des oiseaux du Crétacé inférieur, la frugivorie ayant été documentée chez le Jeholornis Zhou & Zhang, 2002a à longue queue osseuse et chez l’énantiornithine Longipteryx Zhang, Zhou, Hou & Gu, 2001, tandis que la granivorie a été documentée chez le pygostylien basal Sapeornis Zhou & Zhang, 2002b, et chez l’ornithuromorphe basal Eogranivora Zheng, O’Connor, Wang, Wang & Zhou, 2018. Des variations saisonnières du régime alimentaire sont inférées pour le Jeholornis sur la base de la présence d’un moulin gastrique chez certains spécimens, bien qu’elles ne soient pas accompagnées de preuves directes d’aliments ingérés, et suggérées pour le Longipteryx en raison de l’absence de frugivores aviaires obligatoires dans les climats tempérés actuels. Nous apportons ici la première preuve directe de la complexité alimentaire chez un oiseau du Mésozoïque. Deux spécimens de Sapeornis révèlent que ce taxon se nourrissait également de fruits. Bien que cela puisse refléter des différences saisonnières dans le régime alimentaire, la répartition inhabituelle des gastrolithes chez les spécimens de Sapeornis pourrait suggérer que ce taxon n’était pas aussi spécialisé. Certaines données suggèrent que des membres phylogénétiquement disparates de l’avifaune de Jehol exploitaient des ressources trophiques variées, mais Sapeornis apporte la première preuve directe de ce phénomène. La complexité alimentaire et la plasticité phénotypique du tube digestif sont probablement des facteurs qui ont favorisé la radiation précoce et le succès du taxon Aves.
Biote de Jehol, moulin gastrique, dissémule de gymnosperme, herbivorie