
Comptes Rendus Palevol
25 (22) - Pages 417-426Les brachiopodes et les bivalves ont développé indépendamment la structure bivalve au début du Cambrien, mais leurs histoires sont contrastées : les bivalves ont en grande partie remplacé les brachiopodes dans les mers chaudes et peu profondes après le Paléozoïque. Plusieurs hypothèses se recoupant ont été avancées pour expliquer ce remplacement, mais on ne sait toujours pas comment les contraintes inhérentes et les potentiels évolutifs de la forme bivalve chez ces deux groupes ont interagi avec les changements environnementaux qui ont favorisé les bivalves. Je présente ici les origines, les évolutions, les limites et la polyvalence de 55 caractères morphologiques et liés à l’habitat, dont 13 sont propres aux brachiopodes, 23 aux bivalves et 19 ont évolué de manière convergente chez les deux groupes. Seuls 6,3 % des caractères des brachiopodes sont post-paléozoïques, contre 24 % chez les bivalves. L’extinction a touché 44 % des traits des brachiopodes, mais seulement 2 % de ceux des bivalves. Les caractéristiques associées à la prolifération des bivalves post-paléozoïques ont évolué bien plus tôt, notamment l’origine, au Cambrien inférieur, du pied extensible, du ligament de charnière et de la modularité morphologique intra-valve ; aucune de ces caractéristiques n’a évolué chez les brachiopodes et toutes ont conféré une polyvalence précoce aux bivalves. Des contraintes morphologiques étaient déjà présentes chez les brachiopodes du Cambrien inférieur et n’ont jamais été surmontées. Le plein potentiel des bivalves ne s’est concrétisé que lorsque l’intensification de l’activité biologique a rendu les mers du Mésozoïque et du Cénozoïque plus productives.
Brachiopodes, bivalves, modularité, remplacement écologique, contraintes évolutives