
Anthropozoologica
61 (8) - Pages 145-154Alors que la pandémie de Covid-19 a mis en lumière les risques zoonotiques dans les marchés asiatiques où les animaux sont vendus vivants, les idées sur la proximité matérielle entre les humains et les animaux ont pris un sens particulier en Corée du Sud, où la tradition de manger de la viande de chien a joué un rôle important dans la construction nationale. Dans cet article, nous décrivons comment la réglementation des marchés urbains dans trois municipalités, lancée au cours des dernières décennies, a été accélérée par la pandémie de Covid-19, repoussant aux marges des villes sud-coréennes l’abattage d’animaux vivants dans des cages. Sur la base d’entretiens menés avec des vendeurs de chiens, nous explorons la vision opposée du commerce de chiens comme participant à un ordre métabolique et symbolique, à la fois comme recycleurs de déchets et comme porteurs de vertus de résistance. Enfin, nous suivons les arguments des défenseurs des animaux et des vétérinaires, qui développent des points de vue sur les sentiments et les affects partagés entre les humains et les chiens sur la base de relations de parenté et de récits de coévolution. Nous montrons ainsi que le fait de considérer la pandémie de Covid-19 comme une opportunité d’accélérer la modernisation des marchés urbains laisse de côté deux visions alternatives des relations humains-animaux qui existent également dans la société sud-coréenne contemporaine.
Marchandisation des animaux, zoonose.