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Révision des ammonites du Cénomanien supérieur et du Turonien inférieur du Tinrhert (Sahara algérien) : implications biostratigraphiques

Francis AMÉDRO, Georges BUSSON & Annie CORNÉE

fr Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, 4ème série – section C – Sciences de la Terre, Paléontologie, Géologie, Minéralogie 18 (2-3) - Pages

Publié le 01 août 1996

Le Tinrhert central et oriental, région du Sahara algérien située entre le Grand Erg oriental au Nord et le bassin d'Illizi au Sud, fournit une succession du Cénomanien supérieur-Turonien inférieur particulièrement précieuse étant donné son isolement : les affleurements des régions plissées du Maghreb sont situées près de 1000 km plus au Nord et les premiers affleurements au Sud du Massif Central saharien (Niger, Nigéria) à une distance du même ordre. En outre, la série - comparée à celle des plateaux qui prolongent vers l'Ouest le Tinrhert (Tademaït en particulier) - est remarquablement riche et se prête donc à une zonation excellente. Enfin, cette série qui a échappé à la dolomitisation fournit des données pour dater les calcaires massifs du Cénomano-Turonien connus tant au Sahara algérien (à l'extrême-est du Tinrhert, sur le Haut d'El Biod, sur le Mzab), en Libye (Nord-Tripolitaine, Hamada El Homra) et sur une grande partie du Maghreb, de l'Extrême-Sud tunisien (Dahar) jusqu'au littoral atlantique. La récolte de plus de 200 ammonites déterminables spécifiquement dans ces formations cénomano-turoniennes du Tinrhert (Sahara algérien) sert de base à une étude systématique et à la révision des travaux de Collignon (1957, 1965). La mise en synonymie d'un certain nombre de taxons décrits par Collignon conduit à une réduction sensible du nombre des espèces qui passe de 34 à 15. La localisation d'une grande partie du matériel sur des coupes métrées permet de distinguer six intervalles biostratigraphiques successifs, soit du bas vers le haut : 1) à Neolobites vibrayeanus (d'Orbigny, 1841) et Cunningtoniceras tinrhertense (Collignon, 1965) ; 2) N. vibrayeanus, Forbesiceras sp., Calycoceras, (Calycoceras) naviculare (Mantell, 1822) et Eucalycoceras pentagonum (Jukes-Browne, 1896) ; 3) Nigericeras gadeni (Chudeau, 1909) ; 4) Vascoceras gamai (Choffat, 1898) et V. cauvini (Chudeau, 1909) associés vers le bas à N. gadeni et au sommet à Pseudaspidoceras grecoi (Collignon, 1965), Fikaites subtuberculatus (Collignon, 1965) et F. laffitei (Collignon, 1965) ; 5) Pseudotissotia nigeriensis (Woods, 1911) ; 6) P. nigeriensis, Choffaticeras gr. quaasi (Peron, 1904) -pavillieri (Pervinquière, 1907) et Choffaticeras sp. En tenant compte de la disparition de V. cauvini au sommet du 4e intervalle et de l'apparition de P . nigeriensis à la base du 5e, la limite Cénomanien-Turonien est placée entre les intervalles 4 et 5. Ceci revient à remonter sensiblement la position de la limite Cénomanien-Turonien au Tinrhert par rapport aux interprétations antérieures de Collignon (1957, 1965) et Busson (1965, 1972) où toutes les faunes à Nigericeras et les faunes plus récentes étaient attribuées au Turonien.Ces divisions nouvelles sont particulièrement précieuses pour assurer des corrélations tant avec les séries du Maghreb qu'avec les séries du Niger et du Nigéria.
Mots-clés :
Tinrhert, Sahara algérien, Cénomanien supérieur, Turonien inférieur, Ammonites, nouveaux taxons, biostratigraphie