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Le sifflement du serpent : du son inarticulé à la mise en musique

Sylvain PERROT

fr Anthropozoologica 47 (1) - Pages 345-362

Publié le 29 juin 2012

Dans la pensée grecque, les cris des animaux ne sauraient être associés au logos humain, car ils sont formés de sons inarticulés. Le serpent en est sans doute le paradigme : dans la plupart des cultures, son cri est généralement transcrit par une onomatopée si brève qu’elle ne convoque que la consonne sourde [s], sans la moindre vocalisation. Au premier abord donc, on serait tenté de penser que le serpent est étranger à toute forme de musique : c’est la voyelle qui porte par excellence la mélodie, et les Grecs l’avaient bien compris dans leur système de notation musicale. Mais il faut dépasser cette première expérience acoustique. Le serpent est bel et bien considéré par les Grecs comme un animal musicien, au même titre que les cigales qui ont elles aussi un chant plutôt consonantique. Le paradoxe est évident quand on considère le nom grec donné au sifflement du serpent : syrigma. Si la racine porte bien l’onomatopée attendue, on constate que le même mot est employé pour désigner le son d'un instrument de musique, la célèbre flûte de Pan. Mieux encore, le sifflement de Python, qu’Apollon tue de ses flèches à Delphes, a donné lieu dès le VIe siècle av. J.-C. à un passage obligé de la composition musicale que tout artiste doit créer et interpréter dans les concours de Delphes, le nome pythique. En effet, dans une de ses parties, appelée syringes, le musicien devait reproduire avec l'aulos pythique, instrument spécifique aux concours delphiques, les sifflements du serpent agonisant sous les traits d’Apollon. L’enjeu est alors crucial : il s’agit de mettre en musique ce qui est proprement non-musical.

Mots-clés :

serpent, musique, sifflement, aulos, Delphes, pythique

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